© Marie-France KALANTZIS

Nous sommes bien loin de l'élitisme dont ont été souvent soupçonnées les langues anciennes, tout en sachant pertinemment que les "têtes bien faites", tant scientifiques que littéraires, y puisent elles aussi une valeur formatrice qui n'a pas de prix pour la construction du raisonnement, de l'expression, de l'oralité, bref, pour la maîtrise de la langue et de la pensée.

Enseigner ensemble, dans une perspective culturelle globale, le latin et le grec, les deux langues anciennes qui sont le creuset de notre langue française, de notre système de pensée et de nos civilisations européennes, tel est le défi que peuvent relever les enseignants.

Le bilinguisme apporte des références croisées, des liens historiques et sémantiques, ce qui en fait un facteur d'intégration puissant pour des élèves qui appartiennent par la naissance à une tout autre culture que judéo-chrétienne.

le concept

Il s'agit d'une méthode conçue pour enseigner en même temps et parallèlement le latin et le grec sur des thématiques communes. Elle est fondée sur la découverte en parallèle des deux civilisations fondatrices qui sont à l’origine de notre culture européenne, la Grèce et Rome, et sur l’apprentissage en parallèle des deux langues, grecque et latine, à partir des textes fondateurs.

Les deux langues sont pratiquées en alternance mais l’idéal est de ne pas cloisonner et de passer sans cesse d’une langue à l’autre, véritable jonglage qui n’offre que des avantages, comme une mémorisation plus rapide puisque pour un grand nombre d’acquisitions de base, les similitudes renforcent la compréhension.

Cette expérience d’abord dédiée à des classes de quatrième et troisième, s’est étendue à la classe de cinquième en 1996, dès que l’option latin a été ouverte au cycle central.

Innovante quant au public ciblé, cette expérimentation a pu donner sa pleine mesure de valeur ajoutée en langue, en environnement culturel et en méthodologie. 

Elle peut se pratiquer aujourd'hui dans n'importe quel collège. Le bilinguisme ne se sépare pas de l'enseignement des Langues Anciennes en général. Il intègre de la même façon la lecture de l'image (iconographie-filmographie) ainsi que les TICE dans les pratiques quotidiennes, en parfaite cohérence avec les textes officiels.

Le bilinguisme s'inscrit parfaitement bien dans les problématiques actuelles que sont la maîtrise de la langue et les publics en difficulté.

Cet enseignement conjoint des langues anciennes est né en 1991 d’une expérience que j'ai menée dans un collège de ZEP de l’Académie de Besançon ( le collège Simone Signoret à Belfort), pour sauver le grec dans l’établissement, certes, mais aussi pour offrir cette double culture fondatrice à des élèves issus d’un milieu socio-culturel loin de préoccupations élitistes.

Ce qui ne s'était jamais fait.

Car avant 1996, quand par exception dans des collèges privilégiés, les deux options existaient au niveau de la quatrième, il s'agissait d'un apprentissage cloisonné: elles ne s'adressaient pas forcément aux mêmes élèves, n'étaient pas enseignées forcément par le même professeur, et surtout avaient des progressions différentes, s'appuyant sur des manuels hétérogènes.